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Amitié Hijra au Maroc

Témoignage d’une sœur – L’amitié

As salam alikoum wa Rahmatullah wa barakatuhu

سلام عليكم ورحمة الله وبركاته

Bismillah arRahman arRahim.

Du départ seul, à une arrivée ensemble.

J’ai voulu partager ma petite expérience de mouhajira avec vous; peut être dans l’espoir d’en inspirer quelques unes, d’en rassurer d’autres (car ça fait du bien lorsqu’on se dit je ne suis pas la seule) mais avant tout de donner un petit conseil aux sœurs dans la vie quotidienne lorsque l’on fait la hijra. Mon conseil portera sur l’amitié. Je parle de l’amitié sincère et réciproque, de partage et de don, de compassion et de patience.

Lorsque l’on fait la hijra on est quasiment « obligé » de rencontrer des mouhajir, peu importe le pays où l’on s’installe. Il suffit de voir les demandes sur les groupes de hijra ou autre, on voit souvent des renseignements sur les quartiers salafyine et donc il y a de grande chance de se retrouver dans les mêmes villes. Donc, dans l’expérience de la hijra, c’est une étape qu’on n’évite pas et dans certains cas qu’on recherche.

On arrive dans un pays que l’on connait ou non, les principales raisons qui nous pousseront à rechercher nos pairs c’est la ressemblance dans le mode de vie et la langue. Alors, lorsqu’on rencontre des mouhajir, la joie nous envahi; on se dit hamdoulillah on n’est pas seule.

L’épreuve de la solitude (la séparation avec la famille, les amis), épreuve plus ou moins longue dans la réalisation de sa hijra, est une épreuve qu’il faut envisager avant son départ. Se préparer à la vivre atténue beaucoup de maux surtout lorsque l’on part en famille ou en couple.

Mais il faut savoir que l’expérience de la hijra est propre à chacun, que les difficultés varient incontestablement en fonction des mouhajir, de leurs situations, de leurs attentes mais aussi de nos caractères et la façon d’appréhender cette nouvelle vie.
Et c’est sur ce point là que je vous ferai part de mon expérience, de ma vie au sein de cette communauté de « salafyine mouhajiroun « .

J’ai très mal vécu ce regroupement car je n’avais pas compris de suite la difficulté de la hijra pour chacun d’entre nous. Lorsqu’on arrive dans un pays, qu’on rencontre des français/francophone « comme nous » tout de suite on enlève cette peur qu’on avait avant notre départ, celle de se retrouver seule. Donc on ne cherche pas à savoir si les caractères sont compatibles, si dans un autre cadre cette amitié aurait pu se réaliser. On est sur un petit nuage entre le départ réussi et cette épine du pied retirée, car on sait que pas très loin de chez nous se trouvent des personnes qui ont le même vécu, la hijra, et avec qui on va pouvoir échanger les bons plans, l’entraide ou tout simplement passer du temps ensemble. Et petit à petit, avec les épreuves, la difficulté d’être un mouhajir, on se rend compte que certes on appartient à un même groupe, mais qu’on reste des atomes volatiles qui se lient et délient sans jamais être soudés. On se rend compte qu’au final (et surtout au sein des sœurs pour qui l’amitié est quelque chose de plus complexe que chez les frères) qu’il s’agit souvent d’amitié par « dépit ». Ce n’est qu’avec le temps et le recul que j’ai compris que ce n’était pas volontaire mais que c’était vraiment du à la difficulté d’être mouhajir.

Pour comprendre un peu mieux, lorsque l’on fait la hijra, il y a toujours la peur de retourner en France ou au pays que l’on a quitté, c’est comme si on se sentait sur une chaise éjectable et qu’à tout moment notre place peut être mise en péril.
Chacun fait « son trou » de son côté et il est amené de temps en temps sur sa route à rencontrer d’autres personnes dans le même cas. On s’aide de temps en temps, les déménagements, rapporter quelques affaires de France, déposer une personne au travail, etc. On passe du temps ensemble, les darss, les sorties familles, etc… mais on ne construit pas pour le « nous ». La difficulté d’être mouhajir fait qu’il est difficile de s’impliquer en amitié. Je ne dis pas que c’est chacun pour soi, non, el hamdoulillah la solidarité est bien présente et bien sincère, mais elle reste ponctuelle et compliquée à maintenir sur le long terme au vu des situations indéfinis de chacun. Par exemple, je remarquais lorsque les sœurs, soit quittaient le pays ou tout simplement rentraient visiter la famille, on n’avait plus de nouvelles ou très rare. Ce qui nous rassemblait c’était vraiment de se retrouver ensemble dans le pays où nous avions émigré. Sans trop m’avancer, pour avoir discuter avec des sœurs, après avoir échangé nos expériences, on se rend compte que c’est un phénomène qui revient souvent dans le vécu de chacune. Et je pense sincèrement que cela vient vraiment de la difficulté d’être un mouhajir, la difficulté d’envisager une installation durable et définitive. Il m’est arrivé même d’entendre qu’un mouhajir qui réussi est un mouhajir discret, dans le sens qui ne s’implique pas ou peu dans les affaires communes…

Pour revenir sur mon expérience, c’est vraiment avec le recule que j’ai compris ce manque d’implication entre nous, mais lorsqu’on le vit, ce n’est pas évident à gérer . On se sent d’autant plus seule, car on redescend de notre petit nuage et on se rend compte qu’on est obligé d’affronter l’épreuve de la solitude. Que même si on est entouré, ça reste occasionnel, et au même titre que nos situations, incertain. Que du jour au lendemain, on peut ne plus revoir la personne. Bien qu’on soit plein de bonnes intentions, le fond reste creux et éphémère. C’est triste, c’est dommage, mais ça reste compréhensible, et quand bien même ça ne l’est pas, on se doit en tant que musulman de nous trouver des excuses.

C’est peut être pour ça qu’il faut envisager ou ré-envisager ce qu’on attend de la hijra. Lui accorder un rayonnement plus grand que la simple lueur de quitter une terre de mécréance pour une terre d’islam.

C’est ce que j’essaye de faire, après cette expérience, chaque jour. La hijra, c’est certes partir seule ou en famille, mais la hijra n’est pas juste un départ, le but est bien sa durabilité et pour cela on doit se poser la question de comment la rendre durable.

La réponse que j’ai trouvé, et je pense qu’elle me vient du fait d’être mère, on ne pense plus seulement pour soi mais pour les générations à venir. C’est construire ensemble, ne plus se contenter d’une simple solidarité quotidienne et ponctuelle mais bien d’un ciment social sur du long terme. Parler d’éducation, de création d’emplois jusqu’à même pourquoi pas faciliter la hijra des suivant…

Mais ces grands projets ne peuvent aboutir tant qu’on vivra la hijra de façon individuelle. D’où une volonté de témoigner, de partager des expériences. Lorsque l’on regarde les différents groupes de mouhajiroun, on s’aperçoit dans une majorité des cas qu’il s’agit de demandes, un côté « consommateur » plus que présent. De temps en temps, émergent quelques locomotives avec la création de projet, de pages ou groupes d’entraide, écoles, activités etc… mais assez rares. Soyons un peu plus des créateurs plutôt que de simple consommateurs. Ne serait ce que,par exemple, privilégier la consommation locale que de tout importer de France. D’une part ça nous détachera encore plus de la France, mais aussi ce sera profitable pour le pays qu’on a choisi. Apprendre à s’impliquer dans le pays où nous sommes installés nous facilitera la création de projet car il est important de connaître son environnement (les personnes, les administrations. …) pour mettre à bien ces projets. D’où notamment un petit conseil, ne pas se contenter de fréquenter les mouhajiroun, de rester et vivre qu’entre nous, et s’intégrer, tout en pratiquant son diin, à la population locale.

C’est une chose sur laquelle nous devons nous améliorer, que ce soit pour notre bien mais aussi pour nos enfants, afin de pouvoir les éduquer sur les mêmes principes et valeurs qui organisent nos vie au quotidien.

Après comme on dit Rome ne s’est pas construite en un jour. Cela prend du temps, il faut s’armer de patience, limiter les dégâts jusqu’à ce que nos propres structures voient le jour.

Cela me rappel l’histoire du colibri. Rapidement, il y eu un incendie qui ravage une forêt et tous les animaux s’affairent pour échapper aux flammes. Seul un petit colibri fait des allez retour entre le lac et la forêt, avec une petite goûte d’eau dans le bec. On lui dit cela ne sert à rien et lui répond : « Je fais ce que j’ai à faire ». Ne soyons pas ces animaux apeurés par les difficultés d’être mouhajir. Soyons ce petit colibri à construire ensemble et pour la ummah, du plus petit acte comme celui de prendre de nos nouvelles aux grands projets comme l’ouverture d’écoles salafyia. Plus nous seront soudés, unis et constructifs ensemble plus nous pourrons assurer la durabilité de notre hijra avec l’aide d’Allah Azawajal.

Cette vague de mouhajir reste quelque chose d’assez recent et on est cette « première » vague qui en faisons l’expérience, en espèrant que les prochaines apprennent de nos difficultés pour améliorer à la fois leur hijra ainsi que la situation de la ummah.
Ces petits conseils j’essaye de me les rappeler et les vivre au quotidien. Sans prétention d’avoir tout appris, bien loin de là (j’essaye régulièrement de lire les nouveaux témoignages de mouhajir afin de me réconforter et de m’inspirer à mieux vivre cette nouvelle vie), je souhaite juste partager quelques petites expériences, d’apporter mon tout petit cailloux à l’édifice.

Barak’Allah oufikoum d’avoir pris le temps de lire mais également au groupe d’avoir publié ces quelques paroles.
C’est à Allah que nous appartenons et c’est à Allah que nous retournerons. Qu’Allah mette la sincérité dans nos actes et la mahabafillah entre nous afin d’être une ummah forte et solidaire.

Qu’Allah facilite à chaque mouhajiroun et facilite également à ceux qui l’a prépare ou l’envisage.
Ramadan moubarak.

As salam alikoum wa Rahmatullah wa
سلام عليكم ورحمة الله وبركاته

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A propos Oum Soulaiman

Oum Soulaiman
As Salam aleykoum. Je me nomme Oum soulaiman, cela fait quelques mois que je suis installé sur Marrakech. Marhaba bikoum fi bladkoum !

Un commentaire

  1. As salam aleykoum wa rahmatullahi wa barakatuh Oum Soulaiman,

    MachaAllah tu as vu juste ma soeur, c’est un point important que tu as appuyé et qu’on a tendance à oublier.

    La hijra des premiers croyants a été effectué en groupe, celle à Médine également. Il y avait une entraide magnifique entre les croyants et notre bien aimé prophète Mohammed (sws) avait réunifié les coeurs et cimenté les liens de tel sorte qu’ils étaient vraiment des frères et soeurs aimant pour leurs prochains ce qu’ils aimaient pour eux-mêmes.
    Il est clair aussi qu’il faut s’intégrer à la populations locale, tout comme les muhajiruns s’étaient intégrer avec les ansars.
    La création d’un éco-hameau est par exemple une très bonne alternative qui a déjà été réalisé, il suffit d’acheter un terrain, de construire des habitations écologique et économique et d’essayer de tendre vers l’autosuffisance alimentaire via l’agriculture biologique (500m2 de terre suffit à nourrir une famille). Ensuite, le but est de faire de cet éco-site un lieu d’éco-tourisme pour pouvoir prospérer. Les conditions sont un bon groupe solidaire, une bonne gestion de l’investissement (le crowfunding peut faciliter le financement) et des personnes aux Maroc qui peuvent nous aider à mener à bien ce projet (aspect juridique, démarches à entreprendre etc).
    Il y a sûrement d’autres projets à monter mais l’essentiel réside dans la bonne intention, la concordance des coeurs, la solidarité entre muhajirun et la préparation à la hijra.

    Qu’Allah vous accorde miséricorde et nous facilite la hijra.

    Salam aleykoum wa rahmatullahi wa barakatuh. Aidekoum mubarak.

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